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samedi, 08 octobre 2011

De la délicate mission de gérer les dossiers des magistrats

magistrat,administration,dossier,statut,pénal,indépendanceLa tenue, par l'administration judiciaire, des dossiers administratifs des magistrats impose une certaine rigueur.
 
Il est toujours possible de réparer des erreurs commises dans la gestion des dossiers. Mais cela se fait dans le strict respect des textes. Il y va de l'indépendance des magistrats.
 
Dans un avis du 20 mai 2005, le Conseil Supérieur de la Magistrature a clairement rappelé que le principe du contradictoire s'imposait dans la gestion du dossier des magistrats:
 
"L'uniformisation du contenu des trois dossiers administratifs concernant le magistrat, conservés respectivement dans sa juridiction, à la cour d'appel, et au ministère de la justice, est évidemment souhaitable. Mais elle ne peut être entreprise qu'en respectant le principe de la primauté du dossier détenu par la direction des services judiciaires, seul consulté par le ministère de la justice et le Conseil Supérieur de la Magistrature, et dans lequel aucune pièce ne peut être versée sans avoir été contradictoirement portée à sa connaissance".

Il en résulte que, dans l'hypothèse où un magistrat constaterait que l'un des dossiers comporte des pièces n'ayant jamais été portées contradictoirement à sa connaissance, et n'ayant aucune raison légale d'y figurer, il y aurait lieu à régularisation. Mais cette régularisation serait nécessairement contradictoire et soumise à un strict formalisme.

Cette obligation est essentielle.
 
En effet, l'article 432-15 du Code Pénal dispose que "le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, un comptable public, un dépositaire public ou l'un de ses subordonnés, de détruire, détourner ou soustraire un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés, ou effets, pièces ou titres en tenant lieu, ou tout autre objet qui lui a été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission, est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150000 euros d'amende".

En conséquence, il n'existe qu'une seule seule voie possible pour retirer des pièces irrégulières d'un dossier, a fortiori lorsqu'elles ont eu une incidence sur la notation ou sur tout autre aspect de la carrière du magistrat.
 
L'administration doit, alors, donner copie au magistrat des pièces litigieuses, après les avoir listées, PUIS, après avoir obtenu l'accord de l'intéressé sur les pièces retenues, les détruire purement et simplement.
 
Tout versement dans un dossier "bis" serait bien évidemment illégal, comme l'a notamment  clairement rappelé le Tribunal administratif de Poitiers, dans un jugement du 10 mars 2011 (affaire Jean de Maillard c/ l'État).
 
En tout état de cause, l'administration judiciaire ne peut procéder à la destruction des pièces sans s'être assurée que le magistrat concerné en a bien eu copie, et qu'il a donné son accord.
 
A défaut, les éléments constitutif de l'infraction susvisée seraient nécessairement réunis.
 
La légèreté n'est donc pas de mise.
 
Ne dit-on pas, pour conclure, qu'il ne faut jamais rajouter une faute à l'erreur ?

vendredi, 29 avril 2011

Le Syndicat des Magistrats Tunisiens prépare son premier congrès

Drapeau Tunisie.jpgSaluons les travaux préparatoires de nos collègues tunisiens du tout nouveau Syndicat des Magistrats Tunisiens (SMT), en vue du premier congrès de son histoire. Le syndicat entend se démarquer de l'AMT, Association des Magistrats Tunisiens, préexistante.

Il envisage notamment d'oeuvrer à la mise en place de meilleures conditions de carrière des magistrats tunisiens, ainsi qu'à l'élection des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Le président du comité constitutif est Mohamed Nabil Nakache.

"Juger ?", par Serge PORTELLI

portelli - juger.jpgDans son dernier ouvrage, Serge Portelli s'attache à placer l'acte de juger, non sous un chêne, mais sous le prisme d'une analyse sans concession. Il démonte tout d'abord quelques légendes (Saint-Louis, Salomon), en salue d'autres (notamment celle du "bon juge" Magnaud, pour reprendre l'expression de Georges Clémenceau).

Il évoque également la fragilité de l'indépendance judiciaire, au travers des soumissions historiques, des errements collectifs en des périodes plus ou moins troubles de l'histoire. Il replace enfin l'exigence d'humanité, d'humanisme, au centre de la difficile mission du juge, rappelant que la machine de Max Weber ne pouvait l'exercer. Nous sommes ici plus proches de l'épistémologie d'un Kantorowicz, avec l'exigence d'une pensée sociologique dont ne peut se priver le juge, praticien du droit appelé à juger ses concitoyens.

Nous ne saurions ici faire preuve d'un excès d'éloge, pour la raison simple que nous travaillons, depuis plusieurs années, et au quotidien, avec Serge Portelli (le réflexe d'impartialité est un réflexe sain), mais nous ne saurions non plus éviter de mentionner le caractère exemplaire de cet essai qui, loin de la polémique parfois présente dans d'autres ouvrages, met en lumière les enjeux de la justice du XXIème siècle, dans le cadre d'une démocratie pour la protection de laquelle rien n'est jamais acquis, ni définitif.

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"Juger ?", par Serge PORTELLI (Éditions de l'Atelier, avril 2011).

mardi, 25 janvier 2011

Annuaire rétrospectif de la Magistrature (1827-1987)

Annuaire rétrospectif de la magistrature 1827-1987.jpgSignalons l'existence d'une base de données regroupant la liste de tous les magistrats de l'ordre judiciaire, ayant exercé en France entre 1827 et 1987:

http://tristan.u-bourgogne.fr:8080/index.html

Ce travail colossal a été réalisé en 2010, pour le Centre Georges Chevrier, par Jean-Claude Farcy et Rosine Fry.

mardi, 14 septembre 2010

Le recueil déontologique est enfin arrivé à Paris

recueil-obligation-deontologique-magistrat.jpgNous saluons l'arrivée, cette semaine, dans nos cases parisiennes, du "Recueil des obligations déontologiques des Magistrats", publié en juin 2010 aux Éditions Dalloz.

N'ayant pas eu connaissance, jusqu'à lors, du contenu de cet ouvrage fort attendu, nous prendrons le temps de l'analyser avant d'y revenir, dans quelques jours.

Notons simplement, d'ores et déjà, que ce recueil comporte, en son préambule, le paragraphe suivant: "Le comportement professionnel du magistrat ne peut être laissé à sa discrétion. Il est déterminé par la loi et obéit aux exigences éthiques de sa fonction. Celles-ci sont précisées dans ce recueil".

Dès lors, il est manifeste que si le comportement professionnel du magistrat obéit à des exigences éthiques précisées dans le recueil en question, les dites exigences éthiques pourront ensuite être analysées comme des règles à respecter, notamment lors d'une procédure disciplinaire ouverte à l'encontre d'un magistrat.

L'avenir le dira.

vendredi, 10 septembre 2010

Une réforme allégée pour les Chambres régionales des comptes

Paris - Cour des Comptes - Ancien Régime.jpgAlors que le projet de réforme initié, il y a près de trois ans, par Philippe Séguin devait aboutir à la suppression de plusieurs chambres régionales de comptes (CCR), pour n'en conserver que 6 ou 7, l'actuel Premier Président de la Cour des Comptes, Didier MIGAUD, vient de déclarer, lors de l'audience solennelle de rentrée de la CCR de Lyon, que la réforme serait finalement limitée et que 12 à 16 CCR seraient maintenues.

L'examen du projet de réforme sera examiné d'ici quelques jours par la Commisiion des Lois de l'Assemblée Nationale, pour aboutir en principe à un texte définitif en janvier 2011.

Rappelons que le projet initial avait fait provoqué un vif émoi au sein du personnel des dites juridictions, et une réaction publique des magistrats des CCR.

dimanche, 18 juillet 2010

La déontologie des magistrats au mois d'août 1941

L'histoire ne se répète pas.

Le regretté Guy LAMBERT, professeur de Droit Civil à Aix-en-Provence, avec son ironie habituelle, avait coutume de la comparer à la spirale d'un ressort. Les événements ne se reproduisent pas à l'identique, mais la logique des comportements humains fait qu'il existe de fortes analogies entre des faits historiques parfois distants de plusieurs siècles.

En 1940, pendant que le Général de GAULLE prenait la tête de la France Libre, d'autres composaient avec l'ennemi, occupant partiel du territoire français.

L'acte constitutionnel n°9 du 14 août 1941 était ainsi rédigé:

"Nous, maréchal de France, chef de l'État français,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.
Décrétons : Nul ne peut exercer les fonctions de magistrat s'il ne prête serment de fidélité au chef de l'État.
La formule de la prestation de serment est la suivante :
« Je jure fidélité à la personne du chef de l'État. Je jure et promets de bien et honnêtement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat. »"

Seul un magistrat refusa de prêter ce serment d'allégeance: Paul DIDIER (1889-1961). Il fut pour cela révoqué et interné. Tous ses collègues, à l'inverse, jurèrent fidélité à la personne de Philippe PETAIN.

Nul ne peut prédire ce qui se passerait si, demain, les institutions françaises venaient à basculer vers un régime politique liberticide. Nul ne sait combien de magistrats refuseraient la servilité d'État. Rien n'est écrit.

Le comportement et la réaction des magistrats, dans des régimes non démocratiques, est fonctions de multiples paramètres.

Dans des régimes corrompus, où il n'est évidemment exigé aucun serment d'allégeance aux corrupteurs, il existe un système beaucoup plus insidieux. Une menace permanente pèse sur ceux qui voudraient refuser le système corruptif, et, a fortiori, le dénoncer et en dénoncer les sbires.

Ces magistrats anonymes qui luttent, le plus souvent, dans la solitude, sont parfois assassinés, parfois harcelés ou simplement brimés (avancement bloqué, par exemple).

La frontière entre la démocratie et l'absence de démocratie est souvent très floue.

Les atteintes à la démocratie sont silencieuses et les magistrats ne sont pas toujours conscients de la dérive.

En 1941, les choses étaient très claires, comme dans toute situation où le pouvoir change de mains dans un contexte de violence (guerre ou révolution par exemple).

Dans un système où la société s'accommode d'une corruption croissante et d'une omertà parfois institutionnelle, la situation est beaucoup moins claire.

L'été prochain, cela fera tout juste 70 ans que Paul DIDIER a agi, seul, restant fidèle à ses convictions républicaines.

vendredi, 04 juin 2010

L'hommage à Isabella BRANDON et André BELLEMANS

Quelques lignes pour saluer la mémoire de notre collègue belge, Isabella BRANDON, et de son greffier, André BELLEMANS, assassinés lors d'une audience, au sein même du tribunal de Bruxelles.

Une pensée également pour nos trois collègues chinois qui ont perdu la vie quelques jours plus tôt, dans l'exercice de leurs fonctions.

Le métier de magistrat est désormais confronté à une violence croissante, partout dans le monde.

Un collègue burundais qui nous avait fait l'honneur, en avril dernier, de visiter notre juridiction, nous expliquait les risques importants pris au quotidien dans son pays, dans le cadre de certaines affaires.

Faire face à la corruption, au crime organisé, à la violence  et aux tensions sociales, n'est pas toujours simple pour un juge ou pour un parquetier.

Et l'avenir est loin d'être radieux.

 
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